Le sens de la musique : 36,1I. ORPHEE. (Suite)

Nous voici donc parvenus à cette question finale que nous nous étions pourtant bien promis de ne pas poser. Pourquoi nous laisser ainsi aller à interroger sur les fins de la musique alors que nous n'aurons sans doute rien à dire de plus que les autres? Est-ce simplement pour affirmer que la question ne doit pas être éludée? Sans doute. Questionner ainsi sur l'inspiration et le but musical, c'est jouer les agents provocateurs. C'est risquer de se faire prendre pour un imbécile ou un impudent. Mais nous n'aimons pas beaucoup la prudence à la mode, qui consiste à faire n'importe quoi, pourvu qu'on ne se préoccupe pas de la destination. De ces dispositifs gigantesques, de ces aventures jamais vécues dans lesquelles nos contemporains se lancent si volontiers, pourvu qu'on ne se préoccupe pas de la destination, il nous semble que la philosophie est un peu courte.

La consigne a peut être été donnée une fois pour toutes: il ne faut pas se retourner; apercevoir Eurydice, c'est la perdre.
Mais on peut s'interroger sur le sens de la consigne et la situation  d'Orphée: Beaucoup moins seul que ne la représente le spectacle. Car si Orphée ne sait pas ou il va, il doit connaître qui l'y pousse, et ce qui l'inspire.

Pierre Schaeffer. Traité des objets musicaux.


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